Histoire de la guitare à travers les siècles


Les origines : de l’Antiquité à la Renaissance

Les origines de la guitare sont très anciennes (1000 ou 2000 avant notre ère) et imprécises. On pense que l’ancêtre de tous les instruments à cordes est l’arc musical qui produit de la musique avec une corde de la manière la plus simple possible. Le bruit sec de la corde pincée est amplifié en portant l’une des extrémités de l’arc à la bouche, ou en fixant un résonateur au corps de l’arc (carapace de tortue, écorce de fruit…). Le système fut amélioré par l’addition de cordes de différentes longueurs (harpe arquée) puis par des cordes de longueur identique mais de tension différente pour donner naissance à la lyre.  

Les Grecs avaient deux formes de lyres, la lyra et la kithara ; la kithara fut adoptée par les Romains et son nom est probablement à l’origine du mot moderne guitare.

Au VIIIe siècle, l’invasion maure introduisit en Espagne un certain nombre d’instruments comme la guitare et le luth. D’espagne, la guitare gagnera toute l’Europe.

Au XIIIe siècle, en Espagne, dans le manuscrit le plus ancien témoignant de l’existence de la guitare (les cantigas d’Alphonse X le Sage), deux types d’instrument sont présents : "la guitare mauresque" à caisse ovale  et "la guitare latine" à fond plat. Les deux instruments coexistent jusqu’au XVIe siècle qui voit disparaître la guitare mauresque au profit du luth, tandis que la guitare, débarrassée de son qualificatif « latine » continue son évolution. Elle est souvent appelée vihuela en Espagne. L’instrument, utilisé surtout par la noblesse et l’aristocratie est munie de 6 cordes doubles (appelées chœurs). Elle peut être jouée avec un plectre, un archet ou les doigts. Les premiers grands polyphonistes espagnols (Louis de Narvaez, Luis Milan, Alonso Mudara) lui donnèrent un répertoire d’une exceptionnelle qualité. La guitare, quant à elle, est l’instrument du peuple, des jongleurs et des menestriels. Elle est plus petite et munie seulement de quatre chœurs. C’est l’adjonction d’une cinquième corde qui permettra à la guitare d’égaliser la vihuela : on parle désormais de guitare espagnole.

A la fin du XVIe siècle, la guitare à cinq chœurs connut un essor considérable grâce notamment à sa facilité de jeu par rapport au luth. Une première méthode est publiée en 1551 par Adrien Le Roy. Parallèlement, on remarque l’existence d’une descendante de la guitare mauresque à fond bombé, la chitarra battente, instrument à cordes métalliques conçu pour être joué avec un plectre.

 

XVIIe siècle

Durant la première moitié du XVIIe siècle, la guitare doit se contenter d’un rôle d’accompagnement de chanteurs ou de danseur. Elle est dotée de cinq chœurs (cordes doublées à l’unisson ou à l’octave) et sa forme se rapproche de celle de la guitare actuelle.

A partir de 1650, la guitare devient très en vogue à la cour de Louis XIV. Un poste de « maître de guitare du Roy » est crée. Plusieurs ouvrages importants sur la guitare sont publiés, notamment ceux de Gaspar Sanz.

 

XVIIIe siècle

La pratique et le répertoire de la guitare subissent une éclipse dont le début coïncide avec la mort de Louis XIV (1715). Le règne du clavecin, le développement de la symphonie et de l’opéra peuvent être avancés parmi les causes de cette désaffection. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle et l’abandon des cordes doubles pour que la guitare redevienne à la mode. Les luthiers, de plus en plus nombreux, travaillent sans relâche à l’amélioration de l’instrument avec notamment l’ajout d’une sixième corde. L’accord devient celui que nous connaissons aujourd’hui (mi, la, ré, sol, si, mi).

 

XIXe siècle

Au XIXe siècle, la guitare moderne est définitivement constituée : caisse en palissandre, mécanismes des chevilles, frettes en métal, etc. A partir de 1850, le luthier espagnol Antonio Torres arriva à fabriquer l’instrument type, modèle de tous ceux qui furent construits depuis, avec bien sûr de légères variantes. Une effervescence guitaristique appelée « guitaromanie » s’installe à Paris et à Vienne. De nombreux virtuoses compositeurs parcourent l’Europe en se produisant en concert, éditent méthodes et études. Citons parmi les plus célèbres : Fernandino Carulli, Matteo Carcassi, Dionisio Aguado, Mauro Giuliani, sans oublier Fernando Sor, le meilleur représentant de cette époque. Dans le même temps, l’art flamenco connaît un essor considérable avec des guitaristes dont le souvenir se perpétue encore aujourd’hui.

Malheureusement, devenue plus technique qu'artistique, la guitare semble être à nouveau délaissée  à la fin du XIXe siècle, supplantée entre autre, par le piano.

 

XXe siècle

Le véritable précurseur de la technique classique actuelle est Francisco Tarrega (1854-1909) qui fera les premières transcriptions de Bach, Haendel et Albeniz.

Un autre grand guitariste du siècle est certainement Andrés Segovia (1893-1987). Il sut attirer le grand public dans les salles de concert du monde entier et accéléra la création de classes de guitare dans les conservatoires (celle du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris fut créée en 1969, avec Alexandre Lagoya). Il reste aussi un des premiers guitaristes (avec Miguel Llobet et Emilio Pujol) à avoir sollicité des compositeurs non-guitaristes : De Falla, Turina, Roussel, Villa-Lobos, M.Ponce sont les plus célèbres.

Parmi les évolutions techniques majeures de ce siècle citons l’apparition, dès 1940, de la corde en nylon, plus résistante, au son plus clair et surtout plus long.

Pourtant c’est aux États-Unis, à cette même époque, que la dernière révolution de la guitare a lieu : la guitare électrique. S’inspirant de quelques prototypes apparus pendant les années 30, Les Paul, inventeur et guitariste, créa la première guitare à caisse pleine (solid-body) en 1946. Cette révolution technique bouleverse massivement le blues dès les années 50 (Chicago blues), puis le jazz et le rock. Depuis, la guitare électrique fait chaque jour l’objet d’améliorations grâce à l’emploi de l’électronique et maintenant de l’informatique avec la guitare MIDI.

 

 

 

 

Sources :

« La guitare, instrument de paradoxe » d’Isabelle Chomet – La lettre du musicien – novembre 2003 – n° 290

« Histoire de la guitare » d’Alain Miteran   – Editions Zurfluh

« Larousse de la musique »    édition 1982

« Le grand livre de la guitare »    Tom et Mary Anne Evans    Editions Albin Michel

 


Sur le net :

http://www.unplugged-cafe.org

http://pe.nataf.free.fr

http://www.classicalguitarmidi.com